Le Domaine Château du Bois, niché au cœur de la Haute-Provence, porte en lui des siècles d’histoire. Mentionné pour la première fois en 1626, ce lieu emblématique témoigne de l’évolution des paysages provençaux, où se mêlent agriculture, traditions et nature préservée. Fortifié à l’origine pour protéger ses habitants, il devient au fil des siècles un espace dédié à la culture, notamment avec l’ajout d’un moulin à vent en 1686, véritable symbole de la vie agricole de l’époque.
Rénové à plusieurs reprises, notamment en 1820, le domaine connaît une nouvelle transformation en 1970 sous l’impulsion de Georges Lincelé, qui en fait un sanctuaire pour la lavande fine. Avec ses champs cultivés en agriculture biologique, son moulin restauré en 2017 et une distillerie sur place, le Château du Bois incarne aujourd’hui un mariage harmonieux entre héritage historique et engagement pour la biodiversité.
Le nom de Château du Bois paraît indiquer une origine fort ancienne. En effet, la nécessité de se protéger des bêtes sauvages et d’éventuels rôdeurs dans un endroit n’offrant aucune défense naturelle s’imposait. Or, de l’époque romaine au Moyen Âge, deux formes se sont maintenues : le château de terre, simple levée qui évoluera en château à motte, et le château de bois, plus élaboré, formé d’une palissade protégeant les habitations, également en bois, et qui évoluera en château fort.
Une datation ne pourrait s’établir que par des fouilles archéologiques, d’un résultat incertain puisque les constructions en bois laissent peu de traces. Si ce domaine, tout comme la commune de Lagarde d’Apt, faisait partie du comté de Sault et donc des terres adjacentes de Provence, on ne trouve de données précises qu’à partir de l’acte d’albergement de 1626.
D’où la nécessité de partir de cet acte. Par la suite se dégage la personnalité remarquable de Salomon de Durand, premier propriétaire identifié du « Château de Bois » et figure marquante de l’histoire du comté de Sault. Sa devise, « Moderata Durant », peut se traduire par : « Qui veut aller loin, ménage sa monture. »
En 1686, la révocation de l’Édit de Nantes bouleverse le destin du domaine. Salomon de Durand, protestant et propriétaire du Château du Bois, est contraint de vendre ses terres pour fuir les persécutions. Il cède le domaine à M. du Blosset, qui transforme le site en ajoutant un moulin à vent. Ce moulin, symbole de l’époque, moud le blé, le froment et le méteil nécessaires à la vie locale. Il restera actif jusqu’en 1914 avant d’être restauré par la famille Lincelé en 2017.
Durant la Révolution française, le moulin du domaine est recensé comme une infrastructure essentielle, bien qu’en mauvais état. Ce bâtiment agricole jouait un rôle crucial dans la transformation des céréales pour les besoins des habitants. Situé au cœur du domaine, il incarne encore aujourd’hui un fragment vivant de l’histoire, entouré par les champs de lavande fine.
En 1820, la bâtisse principale sort d'une restauration complète qui lui redonne vie après des années à subir les assauts du temps et des intempéries. Ce chantier ne se limite pas à consolider les murs : il ancre définitivement le domaine dans sa fonction agricole, celle qu'il conservera durant tout le XIXe siècle. Aujourd'hui encore, une inscription gravée dans la pierre de la porte centrale rappelle cette date charnière aux visiteurs qui savent où poser le regard.
Lorsque Georges Lincelé acquiert le Château du Bois en 1972, il entreprend de vastes transformations. Il plante 110 hectares de lavande fine de population, marquant le début d’une spécialisation du domaine. Refusant les clones et les variétés hybrides, il préserve la diversité naturelle de la lavande fine. La bâtisse principale est rénovée, et une distillerie est construite pour transformer les récoltes en une huile essentielle de qualité exceptionnelle.
Attachée à préserver l’héritage du domaine, la famille Lincelé comprise de Jack, Sophie, Marilou et Max, entreprend la restauration partielle du moulin à vent en 2017. Les pierres d’origine sont soigneusement réutilisées, et les techniques traditionnelles, comme l’enduit à la chaux, redonnent vie à ce symbole du passé. Les clés historiques du moulin, retrouvées durant les travaux, viennent boucler un cycle d’histoire et de transmission.
Publié le 18/01/2025